lundi 15 juin 2015

A mosque in a church ?

Ce matin, alors que je n'écoutais que distraitement la radio comme à l'accoutumée, une nouvelle a attiré mon attention : la proposition du président du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM), Dalil Boubakeur, de pallier à la pénurie de mosquées dans l'hexagone en utilisant des églises vides ou abandonnées [1]. La question qui m'a alors traversé l'esprit n'est pas de savoir si je me positionnais pour ou contre cette proposition - car pour ma part la réponse était instantanée - mais de connaître le devenir des vitraux et des éventuelles statues qui pourraient encore se trouver à l'intérieur des édifices mais n'auraient évidemment pas leur place dans une mosquée. En réfléchissant un peu je me suis souvenue de l'état de délabrement des quelques églises désaffectées que j'avais eu l'occasion de trouver sur ma route. Elles avaient manifestement été vidées de tout contenu et parfois même seuls certains éléments d'architecture rappelaient leur ancienne vocation. 
This morning, as I was as usual listening absent-mindedly to the radio, my attention was caught by a news: the proposal of the French Council for Muslim Cult (CFCM), Dalil Boubakeur, to use abandoned or closed down churches to remediate to the lack of mosques in France. [1] I didn't actually wondered whether I was for or against the project - to my eyes my position was quite obvious - but I wondered what would become of the stain-glass windows or possible statues which could still exist but had no place in a mosque. Then I remembered the state of advanced disrepair of some shut down churches I had been given the opportunity to visit: there was nothing remaining inside and most of the times, the arcades or architectural details were the last witnesses of their old calling.

L'idée de réutiliser des édifices religieux pour divers usages ne date pas d'hier. A Pau par exemple, l'ancien temple anglican de la rue O'Quinn a été reconverti en cinéma d'art et d'essai, tandis que celui de la rue Serviez a conservé sa vocation religieuse, mais accueille désormais une communauté réformée [2]. Bien entendu, chaque nouveau propriétaire commence par adapter le lieu à sa convenance. Ainsi, l'actuel temple réformé de Pau a-t-il été rendu plus sobre que l'église anglicane qui l'a précédé ; les statues ont été retirées ainsi qu'un certain nombre d'objets jugés pompeux ; néanmoins des traces des cousins anglicans subsistent, comme les superbes vitraux et les coussins appréciables sur les bancs ! En un sens, réutiliser ou reconvertir un bâtiment abandonné ou vide permet de lui donner à moindre frais une seconde vie, sans parler du caractère patrimonial ou sentimental de la manœuvre : nos ancêtres ont construit, souvent au péril de leur vie, des édifices monumentaux gourmands en ressources, à des époques où le peuple vivait dans des conditions difficiles ; entretenir et restaurer notre héritage commun est un moyen de leur rendre hommage. Mais ce n'est pas tout.
The idea of reusing religious building for other appliactions isn't new. In Pau for instance, the old Anglican church in O'Quinn Street has been turned into an arthouse cinema, whereas the one located in Serviez Street has kept its religious orientation but is now dedicated to Reformed cult. [2] Of course, when a new owner comes he starts by adapting the place to his desires: so has the current Reformed church in Pau been deprived of many objects considered as too luxurious or inappropriate, like the statues. However many souvenirs of the previous Anglican owners do still exist, as the splendid stain-glass windows and the nice cushions on the benches. In a way, it makes senses to give an abandoned building a second life by reusing it or converting it at low extra-cost. But there is also a patrimonial or sentimental aspect: our ancestors gave their lives building impressive monuments which swallowed many ressources at a time when modest people lived in difficult conditions; maintaining and refurbishing this shared heritage is a way to pay tribute to them. But there is more to that.

Les Chrétiens, les Juifs et les Musulmans - les trois religions du Livre - prient tous le même Dieu, et les enseignements sont tous centrés sur la Paix et l'amour (contrairement aux idées reçues, l'Islam est une religion de paix à l'instar du Christianisme, j'y reviendrai prochainement). Alors pourquoi faire une différence entre les lieux de culte ? Si dans la tradition catholique persiste l'idée de prière en l'église ainsi que l'usage possible de statuettes, crucifix ou images saintes dans la prière ou dans le culte, beaucoup d'autres croyants ont très peu de directives sur la manière de prier. Le réformé peut prier où il veut, y compris dans une pièce nue ou dans sa salle de bain, il n'a nul besoin de support. Et en Islam, tout comme dans le judaïsme, le critère n'est pas le lieu où l'on se trouve, mais l'endroit vers lequel on se tourne (resp. La Mecque ou Jérusalem). Aussi peut-on avec raison considérer que le plus important est la manière de pratiquer et non le lieu où l'on pratique.
Christians, Jews and Muslims - the three religions of the Book - do all pray one only God and their teachings all focus on peace and love (yes, in spite of all you can hear from the news, Islam IS a religion of peace and tolerance). So why should there be a difference between the place where they pray? It's true that in the Catholic habits remains the idea of going to church to pray or the use of statues, crosses or pictures of Saints to help focusing during prayer or cult; on the contrary a Reformer can pray wherever he wants, outside, in an empty room or even in his bathroom; he doesn't need a particular medium or place to pray. In Islam as in Judaism, the criteria isn't where people stand but which direction they turn to when they pray (respectively Mecca or Jerusalem). So we can with no excess consider that the place where we practice is less important than how we practice.

Parfois, la question de mélanger les confessions ne se pose même pas, car les structures manquent, ou bien les communautés sont trop petites ou dispersées pour avoir une véritable organisation. Prenons l'exemple des réformés en France (devenus récemment luthéro-réformés) qui correspondent à environ 1% de la population [3]. Bien que réformée, j'affirme avoir été plus souvent prier chez les évangéliques ou les catholiques que chez les huguenots, d'une part par souci de compromis vis à vis de proches catholiques, d'autre part tout simplement parce que dans certaines régions les temples ne sont pas légion ! Il en va de même à l'étranger : si en Norvège ou en Allemagne le luthéranisme (protestant) est la religion traditionnelle, dans d'autres pays, comme le Congo Brazzaville, les réformés "n'existent" pas : le protestantisme là-bas est purement évangélique. Si vous êtes réformé et que vous voulez continuer à aller au temple, il vous faut donc trouver un compromis. Cela peut paraître bizarre à première vue, voire irrespectueux, d'aller prier à droite et à gauche, mais tout dépend ce que l'on recherche dans le culte : si l'on est attaché au rite, il vaut mieux n'aller prier que dans les édifices correspondant à sa confession ; en revanche si l'on considère que le rite n'est pas important et que l'on se concentre uniquement sur la Parole (les lectures et le prêche ou sermon), on sera plus enclin à aller de temps en temps prier chez le voisin. Comme pour ma part, je recherchais avant tout la Parole, j'ai fait un peu de tourisme et je dois admettre qu'assister à d'autres rites (en particulier en Afrique) s'est révélé une expérience enrichissante.
Sometimes, we can simply not afford to raise the subject of whether or not we should mix the faiths because there are no buildings available or because communities are so small and scattered thay can't have a real organization. Let's take the example of French Reformers (historical Protestantism), who gathered a few years ago with Lutherans and who represent around 1% of the French population. [3] I'm a Reformer but to be honest since I'm born I have been praying more often in Evangelic or Catholic churches than in Reformed churches, first of all because my relatives are Catholic, but also because in many parts of France, they is just no Reformed church! Same thing abroad: if in Norway or Germany Lutherianism is an official religion, in some other countries like Congo-Brazzaville, being a Protestant means being Evangelic. So if you're a Reformer and want to keep going to church, you've got to compromise: either you go pray at the Evangelic church, or you go to the Catholic church. It may seems disrespectful as a first approach to go pray all over the places, but it all depends on what you're looking for: if you'll attached to the rituals then it'll be more fulfilling for you to attend the sermon only in the churches you belong to. But if you consider that rituals are not important and you focus above all on the readings, then it may become interesting to go pray at different places. As I was definitely oriented towards the readings and enjoyed the sermons, I visited many churches while living in Congo and I must admit that attending other rites turned out to be enriching.

Parfois, la coexistence de plusieurs religions sous un même toit est souhaitée et prévue dès le départ. C'est le cas du projet de Maison de l'Unité, édifice interreligieux pour lequel une collecte de fonds a été lancée mi 2013. Comprenant une mosquée, une synagogue et une église, cet édifice sera construit sur la place Saint-Pierre à Berlin et s'appuiera sur les restes d'une église vieille de 700 ans [4]. Les plans de l'architecte allemand Wilfried Kuehn prévoient une salle pour chaque religion, au même niveau et de même volume. Si la synagogue et la mosquée seront orientées vers le Sud-Est (resp. vers Jérusalem et La Mecque), il est possible que l'église soit orientée vers l'Est afin de permettre d'englober les orthodoxes. Une salle commune pourrait accueillir des événements à l'initiative d'autres religions, comme l'hindouisme. Depuis son lancement il y a quelques années, ce projet a reçu des réactions positives en provenance des fidèles de tous bords, de la société et des médias.
Making several faiths coexist under the same roof can also be a choice from the beginning, as in the House of One initiative, aiming at building an interfaith edifice, which started mid 2013 with a fund raiser. This building, which will be located on Place Saint-Pierre in Berlin, will include a mosque, a synagogue and a church, and will arise on the remains of an 700 years old church. [4] The German architect Wilfried Kuehn has made sure that all prayer rooms would be of same volume and on the same floor. The synagogue and the mosque will be oriented South-East (respectively towards Jerusalem and Mecca, and there is a possibility the church will be oriented towards East, to enable Orthodox to pray there as well. A fourth room will be dedicated to events related to other religions, like Hinduism. Since it was launched, this project has received good critics from society, medias and believers from all origins.

Revenons-en à la possible reconversion d'églises désaffectées en mosquées. Dans une époque où les divisions culturelles et religieuses n'ont jamais été aussi fortes et clivantes, nous avons besoin d'exemples de tolérance et d'intégration réussie. Je parle bien d'intégration car si certaines personnes s'inquiètent de l'augmentation du nombre de mosquées en France, il ne faut pas oublier que la répartition des édifices religieux va de pair avec une certaine mutation de la population. Nous ne sommes plus à l'époque où la France pouvait être surnommée la fille aînée de l'Eglise Catholique ! Je suis pour ma part intimement persuadée que musulmans et chrétiens français peuvent cohabiter, comme ils le l'ont fait des siècles durant dans certaines parties du monde. La cohabitation peut certes être source d'incompréhensions ou de tensions les premiers temps, mais l'Homme ressort grandi du partage et de l'échange avec autrui. Ce n'est qu'en dialoguant et en faisant un pas les uns vers les autres que nous apprendrons à nous accepter et à nous faire confiance.
Let's come back on the conversion of churches into mosques proposed by the CFCM. At a time when cultural and religious divisions are resulting in more and more cleavage, we need examples of tolerance and successful integration. I'm willfully using the word "integration"; let's not forget that the increasing number of mosques in France is the reflection of a change in society. In the past, France was deservedly called "the elder daughter of the Church", but things have changed since then. As far as I'm concerned, I'm convinced that French Muslims and French Christians can live together in harmony, as they've done it during centuries in other parts of the world. Cohabiting may be the source of misunderstandings or tensions at the beginning, but sharing and exchange with another do make us grow. It is only by listening and making the first step that we'll learn to accept and trust each other.

Pour finir, vous allez me tirer les oreilles, mais je vous rappelle qu'une mosquée à l'intérieur d'une église, cela s'est déjà vu... à la télé, au Canada, dans une série diffusée de 2007 à 2012 : Little Mosque on the Prairie, [5] réalisée par Zarqa Nawaz ! Cette série raconte justement la vie quotidienne d'une petite communauté musulmane dans une ville rurale du Saskatchewan, en commençant par l'arrivée d'un nouvel imam et l'installation de la congrégation dans la salle paroissiale de l'église anglicane dans le plus grand secret. La communauté et son imam se heurtent tour à tour à la méfiance des habitants, aux propos perfides d'un chroniqueur radio, aux gaffes pas toujours innocentes de la maire, au machiavélisme de l'un des prêtres anglicans qui souhaite les chasser, mais aussi et avant tout à leurs propres divisions. Si l'objectif de la première saison était de présenter au grand public divers courants de l'islam, des libéraux aux plus conservateurs, et de les sensibiliser à l'importance du dialogue interreligieux, les saisons suivantes prennent un tour plus humoristique et léger typique des séries tv canadiennes.
Don't be mad at me, but I couldn't resist concluding this article by highlighting that having a mosque in a church wouldn't be a first time. Remember a canadian tv show named "Little Mosque on the Prairie" and produced by Zarqa Nawaz, which has been broadcasted from 2007 to 2012. The show narrates the daily life of a small Muslim community in a country town in Saskatchewan, and it starts with the arrival of a new imam and the secret displacement of the prayer hall inside the Anglican church parish hall. Both the community and its imam will encounter the suspicion of the neighbors, the odious provocations of the local radio guy, the tactlessness of the mayor, the Machiavellian schemes of one Anglican priest who intends to ban them from the church building, but above all they will face their own divisions. The first season of the show aimed at introducing to a large audience some of the basis and specificities of Islam (and various opinions from liberal to more radical) and to raise awareness of the importance of interfaith dialogue. The next seasons however are more humorous and focus on the relationship between the main characters.

Mes sources:
[4]    Hebdomadaire Réforme, n°3573, Août 2014, page 7 et http://house-of-one.org/fr

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